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CIERA 2004-2006

« Appréhension des formes du capitalisme dans la pensée économique allemande autour de 1900 ».

Programme développé en deux années (2004-2005 et 2005-2006) dans le cadre-des programmes de formation-recherche du Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’Allemagne(CIERA)
par le Ceperc, l’Université Goethe de Francfort/Main, l’ENS-LSH de Lyon.

Présentation : G. Campagnolo

Au même moment qu’en France faisait rage le débat occasionné par le référendum sur le projet de Traité constitutionnel européen, en Allemagne on redécouvrait un autre débat qui n’a fait que s’accentuer au cours de la campagne électorale qui devait suivre. L’économie qui était l’enjeu majeur, fit émerger un débat, concernant la nature de la forme économique capitaliste et la discussion de l’avenir de la forme d’État adaptée à cette nature. La question de Kapitalismusdebatte se pose donc à nouveau, les difficultés économiques liées à la faiblesse du marché du travail (avec un taux de chômage très fort) se conjuguant aux révisions déjà fortement entamées des prestations de l’État.

Alors même que se tenait la veille une journée du présent programme, dans un article intitulé « Der Markt ist nicht sozial », la Frankfurter Allgemeine Zeitung faisait état de l’interrogation en cours sur la nature du marché.
Mais l’État était-il lui, encore social ?
Un autre article, d’Alfred Schüller, de l’Institut Walter Eucken et coéditeur de la revue Ordo, titrait dans le même numéro, sur la séparation pénible mais nécessaire d’une « illusion » (Abschied von einer Illusion) tandis qu’il demandait pourquoi on négligeait le débat sur le capitalisme : Warum die Kapitalismusdebatte am Kern der Krise des modernen Wolhfahrtsstaats vorbeigeht.
En réalité, au contraire, le fait même de retrouver des éléments de débat tels que ceux soulevés actuellement en Allemagne montrait déjà en soi qu’on s’y intéressait de nouveau en 2005.

Le pari de ce programme est l’intérêt certain de redécouvrir les termes du débat originel… tant théorique que pratique, tant économique que politique. Cette question est précisément l’objet de cette étude, analysé d’un point de vue historique : l’« appréhension des formes du capitalisme dans la pensée économique allemande autour de 1900 ».

L’actualité politique et économique, en France et en Allemagne, suggère en effet, dans les concepts utilisés et dans les approches rencontrées, de remonter aux sources du débat qui revient aujourd’hui.
Ces sources se situent au tournant du XIXème au XXème siècle
- dans les éléments d’analyse du capitalisme moderne tels que Sombart et Max Weber, de manière parallèle mais contradictoire, les discernaient,
- dans ce que Simmel soumettait à une approche à la fois philosophique, économique et sociologique – d’une manière qu’on dirait aujourd’hui interdisciplinaire, mais qui était alors précisément encore au moins en partie indifférenciée.
Inversement, l’entreprise de cantonnement des sciences à travers leur classification renouvelée mettait en avant un objectif de théorisation délaissé dans l’historicisme. L’Ecole autrichienne, en la personne de son fondateur, Carl Menger, souhaitait éclaircir les enjeux scientifiques. De la sorte, la nature du débat sur le capitalisme croisait celui sur la nature de la science qui décrit et explique les processus d’échange.
Discuter cette approche économique de langue allemande au tournant de 1900, en particulier à travers la question de l’instrument monétaire et du développement dans des stades d’objectivation et des comportements économiques, est l’objectif du projet cité.

Quelques commentaires supplémentaires doivent ici s’ajouter quant à la position philosophique fondamentale qui sous-tend les options retenues dans la constitution du programme de travail que clôturera le colloque (17 et 18 mars 2006 à Aix-en-Provence).

En premier lieu, notre analyse de philosophie de l’économie se fonde sur la conviction qu’il est possible de lire les formes de la rationalité économique des Modernes comme établies sur des systèmes qui ont été d’emblée philosophiques. Adam Smith, moraliste sensualiste, Locke et Hume, pères du libéralisme, le montrent ; les métaphysiques idéalistes spéculatives fournirent ensuite leurs fondements aux philosophies du droit au début du XIXème siècle. L’historicisme positiviste ne se comprend pas sans les catégories de la théorie de la connaissance (Erkenntnistheorie) et des philosophies critiques de l’histoire, ainsi que le relevait Raymond Aron, et ce jusque dans les travaux épistémologiques autrichiens.

En second lieu, les théories économiques continentales, en particulier en terre de langue allemande, ont participé, au tournant du XXème siècle, à une crise beaucoup plus générale de la rationalité, dont la logique, les mathématiques, mais aussi la phénoménologie et l’approche des conditions de la connaissance témoignaient dans leurs domaines respectifs. De manière globale dans l’Erkenntnistheorie, et particulièrement en questionnant les critères de validité, de cohérence et de robustesse dans la formulation des résultats des sciences de la nature, un questionnement neuf apparaissait. Il en allait de même dans les sciences sociales, et en économie politique en particulier. De la « Querelle des méthodes (Methodenstreit) » (1880-1890) aux discours des années 1920-1930, les formes théoriques de l’économie continentale furent en crise. Parmi elles, ultérieurement occultées, les sources originelles des Écoles allemande et autrichienne jouèrent un grand rôle.

Le programme a donc proposé de l’examiner sous quelques facettes :
- à Lyon, en novembre 2004, la réception de la théorie de l’utilité marginale dans sa version élaborée en Autriche par Carl Menger, en particulier dans l’œuvre de Max Weber.
- à Lyon, en mars 2005, sous l’aspect de la notion d’ « esprit d’entreprise », et de la figure de l’entrepreneur capitaliste.
- à Francfort, en avril 2005, les stades du développement économique chez Weber, mais dont la compréhension requiert de se rapporter aux conceptions historicistes antérieures (Hildebrand, etc.) comme contemporaines (Sombart, etc.).

Ces approches ont visé, à l’occasion de chaque rencontre, à centrer l’analyse sur certains concepts de philosophie économique, sans prétendre à l’exhaustivité mais en les choisissant pour leur pertinence et leur présence dans des débats actuels sur la nature et les formes du capitalisme. Indissociablement dans le cadre de ce programme, l’approche historique enrichit l’analyse et manifeste suffisamment la naïveté profonde de ceux qui semblent redécouvrir des notions déjà bien élaborées et théorisées, dans le cadre de la pensée de langue allemande mais également dans sa réception française. Notre regard porte depuis le Methodenstreit jusqu’à la date charnière du tournant de 1900, jusqu’aux années 1920-30. Il y a donc un siècle, et avant l’expérience de régimes politiques et économiques nés et disparus au cours du XXème siècle, les questions sur la nature du régime économique moderne étaient formulées dans des termes conceptuels. Ces termes, après relecture, amènent une interrogation qui pose des questions de type général et théorique sur l’économie d’échange moderne. C’est donc avec un regard neuf que nous relevons les débats d’alors et pouvons espérer élaborer de nouveaux concepts.

Notre projet remplit ainsi progressivement ses deux facettes :
- d’une part une approche par les textes et notamment de certains inédits en français de Max Weber, dont la parution est en cours,
- d’autre part, un rapport critique aux concepts de la postérité des Écoles de langue allemande, confronté à l’historicisme (celui qui l’a opposé à l’École dite « autrichienne » - individualisme méthodologique strict) et au libéralisme qui a vu naître, sur les fondements philosophiques de l’« ordolibéralisme », un discours majeur de l’économie politique du XXème siècle.

Pour les deux journées de travail constituant ce colloque, l’analyse se centrera :
- sur l’interrogation menée à Francfort sur le développement économique
- sur l’instrument monétaire de l’économie (mêlant Geldwirtschaftslehre et Philosophie des Geldes.)